festival

Couleur de peau : Miel

Grenoble : le 29 août 2012

Les dessins sont magnifiques. Les teintes aussi. On est ému par le personnage.

Ce film ne peut laisser indifférent : il interroge l’essence même de la filiation, ses contours, ses contenus. Le sentiment profond d’appartenir à une histoire collective à avoir sa place dans l’humanité et l’éphémère, la fragilité de la vie qui nous échoit.

Et il met en lumière comment une phrase anodine, lancée dans l’exaspération d’un moment “tu n’es qu’une pomme pourrie” , peut entraver un enfant pendant des années dans la reconnaissance de sa filiation, dans cette appartenance. Dans le fait de se tenir droit et serein sur cette terre dans une certitude vitale équilibrée.

Bien sûr le chemin de Jung est compliqué par l’abandon initial, l’adoption dont l’arbitraire est si bien décrit. Mais cette notion d’arbitraire est partagée aussi par les enfants naturels quand ils en viennent à questionner leur identité à différents âges de construction. Pourquoi moi ? et si ma sœur avait été un garçon, est-ce que mes parents m’auraient fait ? et si mon père et ma mère ne s’étaient pas rencontrés, je n’aurais donc pas existé ?

C’est là que ce film “documentaire” n’atteint pas ce qui lui était possible d’atteindre. Il est beau, émouvant ; l’hybridation des médias est bien réussie… Mais le raccord avec la vraie vie de l’auteur est trop forcée. Une fois les premières images animées perçues, on aurait voulu dépasser l’anecdotique d’une histoire personnelle pour s’élancer vers un particularisme plus universel. Sans arrêt, l’espoir de cet élan est abordé mais on retombe dans le complexe du documentaire auquel on ne sait pourquoi on s’attache à rester, le témoignage, l’interview du narrateur, auteur dessinateur, enfant adopté, enfant abandonné, adulte en quête de parole.

Mais attention, restons clair “Couleur de peau : miel” avec son titre si surprenant et sensuel – malgré sa source administrative – est un beau film réussi ! Ce qui nous interroge dans sa réalisation, c’est comment arriver si proche de l’envol et ne pas le prendre, comment faire un film de cinéma et s’obstiner à en faire un “documentaire”.

Et pourtant, nous restons persuadé que l’aspect fictif de cette aventure personnelle et humaine, de ce propos si intime et touchant, de cette vie partie d’une branche cassée qui donne ce tendre lys atteint là quelque chose de sublime et délicat dont l’onirisme revêt une force spectaculaire.

Le Festival du court métrage en plein air a ouvert hier !

Grenoble, le 4 juillet 2012

Place Saint André à Grenoble les courts font long feu depuis le 3 juillet !
Tous à vos pliants ! Nouvelle séance ce soir.

Et plein de choses d’ici là à voir à la cinémathèque ou ailleurs.

Tout sur le blog du Festival : festivalcourtmetrage.wordpress.com

 

 

Eun-Sil-yee, le trouble coréen

Eun-Sil-Yee - The dearest

Grenoble, le 3 juillet 2012

En compétition au festival 2012 d’Annecy où il a été trois fois nominé, et notamment pour le Cristal, Eun-Sil-yee, The Dearest en anglais, démarre par la mort d’une jeune fille, Eun-Sil déficiente intellectuelle abusée et mourant en couches.
Le ton est donné, le graphisme est rude et l’animation sommaire.
Âmes sensibles s’abstenir.
Les personnages de femme sont tous victimes d’une forme d’abus de pouvoir de la part des hommes : Eun-Sil, par le père de sa “meilleure” amie en qui elle voit, elle, un vrai substitut à son propre père …manquant ; l’amie de Eun-sil trahie par son père qu’elle n’ose dénoncer ; la femme de ce dernier qui sait, se tait mais souffre et veut tuer le bébé que protège sa fille ; une voisine qui supporte les violences physiques et sexuelles de son mari et ses tromperies ; une jeune étudiante de retour au village qui s’est fait avortée clandestinement après avoir été abandonnée pas son copain lorsqu’il l’a su enceinte, et sa mère, dont la seule réponse à l’ aberration du monde est une forme d’hystérie religieuse, etc, etc.
Et quels portraits faits des hommes !
Au mieux indifférents, proche de l’irresponsabilité, comme le policier qui commence par bâcler l’enquête sur la mort de Eun-Sil, voleur et violent comme le jeune fils des épiciers, pervers et abusif comme le père de l’ami de Eun-Sil, brutal comme l’un des voisins.
Il y a une grande pénibilité à visionner ce film sans complaisance, sans concession aux bonnes manières filmiques, dénué de toute envolée ni poétique ni onirique, cru à souhait, agressif et brutal, bref, terriblement éprouvant. On nous montre tout, dans un style narratif aux aller-retours permanents entre présent et passé qui cisaille les nerfs. Chaque âme est noire ou noircie et même la solidarité entre femmes n’est que très relative : la lutte de l’amie de Eun-Sil pour retrouver le père du bébé cache aussi sa propre culpabilité d’avoir été témoin, jeune, des attouchements de son père sur Eun-Sil et de n’avoir rien dit ni rien empêché.
Alors, comment “le prendre” ? Eh ! bien, si la violence de cette société est telle, alors il faut prendre ce film comme un vigoureux pamphlet contre le silence, une allégorie sanguinaire du joug abject qui écrase les femmes – mais aussi les hommes – de ce pays, un manifeste à remuer le passé, la religion, l’état, l’organisation de la société pour s’en sortir !
Ce film, réalisée par deux jeunes femmes Sun-ah Kim et Se-Hee Park de 28 et 27 ans, déjà connues dans le milieu de l’animation, montre un engagement et une prise de risque artistique et moral remarquable.

L'amie de Eun-Sil-Yee et le bébé
L’amie de Eun-Sil-Yee veut protéger son bébé jusqu’à ce qu’on ait identifié son père

Tad, The Lost Explorer

Grenoble, le 27 juin 2012

Il nous vient d’un héros espagnol de la bande dessinée Tadeo Jones et malgré son titre et le parti pris de la production de le réaliser tout de suite en anglais pour le marché international, il est bien espagnol.
Et voilà ! Parmi tous les films que nous avons vus au Festival d’Annecy, celui-ci nous tient à cœur : léger, rythmé, avec un je-ne-sais quoi qui nous était légèrement familier (!) mais pour autant original dans le ton et la réalisation, il nous a offert un ciel sans corbeau (!), mais avec plein de méchants (très méchants) de l’humour et des rebondissements formidables !
C’est le film à aller voir en famille dès sa sortie !

Comme son héros qui va accomplir son rêve et au delà, le film nous offre une allégorie de la création qui a fait qu’aujourd’hui il existe : car l’équipe qui l’a porté y a cru jusqu’au bout et l’a amené avec force conviction et talent à sa réalisation. Ce qui est formidable c’est que ces gens de talent et de hardiesse sont d’une accessibilité et d’une gentillesse qui porte. Bravo et merci !
Longue carrière donc au héros Tad !

Zarafa

Grenoble : 18 juin 2012

Zarafa, c’est avant tout le dessin si beau qui nous retient ; il a une saveur d’enfance, de nostalgie qu’il est parfois difficile d’exprimer sans devenir caricatural.


C’est une très belle découverte de cette année de cinéma, et un concurrent presque trop “mature” pour la cuvée d’Annecy : déjà dans les salles, déjà avec un score d’entrées cumulées avoisinant les 1,5 millions, déjà en DVD !
Et pourtant un premier long métrage pour Jean-Christophe Lié. Juste magnifique !
Un petit quelque chose cependant du côté de l’histoire nous ôte cette complète adhésion de spectateur : peut-être une lecture un peu patriarcale de la transmission et de l’initiation.

Le Voyage de Monsieur Crulic

Grenoble : 13 juin 2012

Le Voyage de Monsieur Crulic est le film improbable : une histoire vraie tirée d’un fait divers peu glorieux pour la justice et cruel pour la victime – on dit, une erreur judiciaire !


Avec une technique picturale loin des “belles” ambiances bien léchées, des couleurs froides, des dessins austères, du papier et du photo montage alliés, comment fait-il pour s’en sortir avec le Cristal du long métrage à Annecy ?
Eh! bien, ce que nous avons vu, nous, c’est un rendu graphique extraordinaire de la fragilité de la vie et de son arbitraire. C’est une scénarisation contre-courant, sans suspens, soutenu par un style narratif à deux voix (et quelles voix !) dans laquelle on se laisse aller à l’humour, à l’espoir, à la poésie du passage des choses et des êtres.

Festival du film d’animation d’Annecy

Grenoble : 12 Juin 2012

A partir d’aujourd’hui, nous publierons ici nos coups de cœur du Festival du film d’animation d’Annecy. Bien sûr, nous n’avons pas eu le temps de voir TOUS les films et pardon donc à ceux qui voudraient TOUT partager !!!

Cependant, nous vous dirons sans ambages ce qui nous a emballé et peut être les réflexions que nous avons eu sur “le reste”!

Nous commencerons par Crulic, primé samedi… et à juste titre ! A lire dans la journée !

Fin du Festival d’animation d’Annecy

Annecy : 8 juin 2012

5ème et dernière journée au Festival. Après les petits déjeuners du court où l’on a encore pu réseauter, c’est dans les salles obscures que l’on a terminé ce festival 2012, avec des films de commande et un dernier long métrage en compétition. Plein d’images à raconter avec à paraître, le palmarès de projet Bobines ! A suivre…

4ème jour au Festival d’Annecy

Annecy : 7 juin 2012

4ème jour au Festival, encore moins de films en fait que des courts ce soir et dont les deux tiers étaient à jeter !!! C’est malheureux à dire quand même ! Reflet de l’air du temps ? Je trouve ce festival plein de films très glauques, sombres, violents, parfois tout ça à la fois ! mais heureusement il y a quelques perles encore. Et puis le festival, c’est aussi rencontrer des gens et là, c’est la moisson : des gens très motivés ou très cultivés ou conviviaux ou passionnés ou expérimentés, parfois tout ça à la fois. Un speed dating très fructueux cet après midi pour trouver des créatifs (illustrateurs, animateurs et scénaristes), Ce matin une conférence work in progress sur un film en cours de réalisation “Ma maman, elle est en Amérique et elle a rencontré Buffalo Bill” dont le dessin est très beau mais l’équipe un peu impénétrable, et à midi rencontre avec Jean-François Laguionie et la scénariste Anik le Ray pour discuter de leur film Le Tableau, une très belle mise en abîme de la vie…